
IHIRAU PITON, DÉMOCRATISER LE SAVOIR POUR TOUS (2/2)
C’est devant le marae Hōkūle’a, symbole d’alliance entre Hawai’i et le fenua, que nous continuons notre entretien aux côtés de Ihirau Piton. Président de l’association REO–UPF et dévoué à l’accessibilité de la culture pour tous, il se confie à Hommes de Polynésie sur son parcours, ses projets pour l’avenir, et ses valeurs profondes.
SCIENCES SOCIALES ET NATURELLES : DEUX PÔLES D’UN MÊME AIMANT
Travaillant en biologie marine avec des institutions scientifiques locales et étrangères, Ihirau Piton est persuadé que le domaine scientifique est à la portée de chacun.
« La science, en premier lieu, c’est observer, être conscient du monde qui nous entoure. »
Et selon lui, l’étude de notre environnement naturel n’est pas nécessairement dissociable de celle de l’anthropologie.
« J’ai cette dualité dans mon travail, dans mon engagement, et dans mes actions de tous les jours, qui est de valoriser les sciences sociales autant que les sciences naturelles et de faire communiquer les deux. Pas forcément prendre l’océan comme un objet d’étude de biologie marine, mais aussi le prendre comme un objet d’étude anthropologique, linguistique, etc. »

L’activiste souhaite d’ailleurs que la vulgarisation des savoirs soit accessible à tous. Au-delà de ça, que les voix des personnes concernées soient entendues pour tous les domaines qui constituent notre société.
« J’aimerais beaucoup que les gens, qui sont censés vivre à l’intérieur de nos sujets d’études : l’océan, la terre et la montagne, soient aussi conscients de ça. Pas que le savoir soit cloisonné entre certaines mains. Parce que tout le monde devrait avoir accès à ces informations, et devrait pouvoir présenter son savoir empirique autant qu’un scientifique. »
DES ACTIONS À PETITE ÉCHELLE POUR UN GRAND IMPACT
Au sein de l’UPF, Ihirau Piton observe rapidement les aboutissements de son labeur.
« Avoir les résultats de ces efforts, ça motive à faire plus. »
Ce qui le rend optimiste pour l’avenir.
« À notre petite échelle, je pense qu’on peut devenir un exemple pour les grands pays. On a ces problématiques-là, l’insularité, la colonisation, le manque d’accès aux ressources. On a quand même réussi à faire quelque chose. »


Il prend notamment l’exemple de Tai nui ā tea, la plus grande aire marine protégée du monde qui se trouve en Polynésie française.
« Je pense que c’est ce qui est le plus important d’insuffler aux gens, réfléchir autrement. »
INSPIRER ET GRANDIR
Ihirau, dans son désir d’instiller un cheminement authentique à nos îles, ne prétend pas éduquer les autres.
« Je pense que l’inspiration peut faire beaucoup. Inspirer les gens, plutôt que de les éduquer, pour que les réflexions, la morale viennent des personnes qui ont été inspirées. Pour moi, c’est la meilleure façon de faire rentrer les choses dans le public. »

Entouré de jeunes militants tels que Kaualuu ou encore Jason Temaui Man, Ihirau Piton est plein d’espoir.
« J’ai l’impression de faire partie d’une espèce de mouvement et que ce mouvement va dans la bonne direction.»
Et grâce à lui, nous le sommes aussi.

Rédactrice
©Photos : Cartouche et Ihirau Piton pour Hommes de Polynésie
Directeur de publication : Yvon Bardes









