
De Maré à Moorea : Théodore Bearune, un éducateur engagé pour le football
Originaire de l’île de Maré, en Nouvelle-Calédonie, Théodore Bearune a grandi avec le football. Arrivé en Polynésie française en 2003, il s’est construit un parcours riche, aussi bien comme joueur que comme éducateur et entraîneur. Aujourd’hui, il poursuit son engagement auprès des jeunes de Moorea, convaincu que le football est avant tout une école de la vie.
Le football dès l’enfance à Maré
Théodore Bearune découvre le football très jeune sur son île natale, Maré, et s’inscrit dans son premier club, Horizon Sport, à l’âge de 11 ans.
« Ce que j’aimais dans le foot, c’était d’être avec les copains et les cousins. On jouait chez nous, dans la tribu, surtout pour se retrouver. Lors des matchs officiels, on entrait vraiment dans la compétition. On avait l’esprit d’équipe pour aller gagner des matchs. »

Un parcours de joueur entre Tahiti et Moorea
En 2003, il quitte l’équipe senior de son club formateur pour s’installer en Polynésie française. Lors de la saison 2003-2004, il rejoint l’AS Fei Pi1 en tant que joueur et entame parallèlement une carrière d’éducateur auprès des enfants.
« Titulaire du BAFA, j’avais déjà travaillé avec des enfants en tant qu’animateur. J’apprécie le partage d’expériences et la transmission de valeurs auprès de la jeunesse, en particulier le respect, qui est le plus important, plus encore que l’aspect sportif. Le football est une famille qui unit les personnes et favorise les échanges. »
Trois saisons mémorables à Tiare Tahiti
Après une saison à Tahiti, il évolue successivement dans plusieurs clubs de Moorea, notamment Tohiea, Temanava, Tearaa, Tiare Anani et Tiare Tahiti. Son passage au club de Maharepa (Tiare Tahiti), de 2014 à 2015, en tant que joueur-entraîneur, l’a particulièrement marqué.

« À ce moment-là, je devais reprendre une équipe afin de valider mon Brevet de Moniteur de Football. Je remercie le président de Tiare Tahiti, Moana Friedman, et son épouse Vaiata Friedman de m’en avoir donné l’opportunité. C’était ma première expérience en tant qu’entraîneur. Les joueurs étaient très à l’écoute et montraient une réelle envie. Pendant mes trois saisons là-bas, nous avons remporté tous les titres, à l’exception de la Coupe de Polynésie. »
Engagé pour guider les jeunes vers leurs objectifs
Passionné par l’éducation et le coaching, il poursuit son parcours de formation en obtenant des diplômes d’entraîneur et intègre, en 2016, la section sportive fédérale du collège d’Afareaitu, où il occupe aujourd’hui le poste d’éducateur.

« Mon objectif personnel est que chaque jeune que je forme puisse progresser vers des clubs bien structurés afin d’acquérir davantage d’expérience et d’atteindre un niveau supérieur. Si un joueur a du potentiel, il peut aller plus loin, pourquoi pas intégrer les sélections locales, voire partir en France. Accompagner l’enfant vers ses objectifs, c’est ce qui me plaît dans la fonction d’éducateur. »
Encadrer et discipliner le football des jeunes à Moorea
Théodore estime que le football des jeunes à Moorea présente un fort potentiel, mais nécessite un encadrement rigoureux.

« Nous avons mis en place un cadre visant à instaurer la discipline, mais cela reste difficile, car les jeunes évoluent dans des environnements différents. Souvent, ceux formés dans un club de Moorea n’arrivent pas avec des objectifs clairs, comme gagner des compétitions ou intégrer le Pôle Espoir2, et la motivation fait parfois défaut. Pour y remédier, nous privilégions les conseils plutôt que les punitions. »
Infrastructures, encadrement et sécurité pour améliorer le football à Moorea
Suite à plusieurs années d’engagement, Théodore constate que le niveau du football sur l’île sœur a quelque peu régressé. Il souhaite que celui-ci se redynamise en renforçant à la fois les infrastructures, et la qualité de l’encadrement, en poussant notamment les éducateurs à suivre les formations de la FTF3.

« Il est nécessaire de structurer les infrastructures, notamment en rénovant les terrains, et de disposer de cadres compétents, en particulier d’éducateurs formés, aujourd’hui en nombre insuffisant. Il nous faudrait également du matériel adapté, comme des extincteurs ou des brancards. Cela permettrait de rehausser le niveau du football, tout en améliorant également la sécurité des enfants. Il est aussi essentiel de mettre en place des initiatives, telles que des projets de voyages, afin de motiver les jeunes. »
Un projet de retour aux sources
À terme, Théodore Bearune souhaite retourner en Nouvelle-Calédonie afin d’aider son club formateur, Horizon Sport, ainsi que d’autres clubs à se restructurer, puis, plus tard, de créer un club sur l’île de Maré. Il quittera le fenua avec une profonde gratitude envers toutes les personnes qui ont marqué son parcours et contribué à son épanouissement.

« J’ai toujours été bien accueilli dans tous les clubs où je suis passé. Il y a eu un grand respect à mon égard, à la fois en tant que joueur et en tant qu’éducateur. Je tiens à adresser un grand merci à toutes ces personnes : les jeunes, les joueurs et même les présidents. »
(1) L’AS Fei Pi est un club omnisports historique de Polynésie française, fondé en 1923 à Arue, avec plusieurs disciplines, dont le football.
(2) Le Pôle Espoir de la Fédération Tahitienne de Football forme les jeunes talents pour les préparer au haut niveau, tout en poursuivant leur scolarité et leur parcours dans leurs clubs.
(3) Fédération Tahitienne de Football

Rédacteur
©Photos : Toatane RURUA, Théodore BEARUNE, Fédération Tahitienne de Football pour Hommes de Polynésie
Directeur des publications : Yvon Bardes









