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Évasion

Temehani Chand, technicien spécialiste de la pêche en Polynésie française Credit : Theo Guillaume

Temehani Chand : lien entre pêche et science

Publié le 5 janvier 2026

Il est chasseur sous-marin, pêcheur et guide de plongée. Depuis plus d’un an, il fait également partie de l’équipe de l’AREMP (Association pour la Recherche sur les Écosystèmes Mésophotiques et Profonds). Il co-dirige un projet participatif inédit, qui fait appel à l’inestimable connaissance des pêcheurs locaux, pour mieux connaître les requins du fenua. Hommes de Polynésie rencontre Temehani Chand, 20 ans, des rêves plein la tête, les pieds sur terre, ou plutôt sous la mer !

RELIER LES CONNAISSANCES

Une collaboration entre scientifiques et marins locaux, avec un jeune pêcheur comme lien entre les deux univers : un programme audacieux ! Tout commence lors d’une conférence sur les requins, à laquelle participent Temehani Chand et Clémentine Séguigne. Il les admire, elle les protège. Clémentine est docteure en biologie marine, spécialiste dans la conservation des requins, et présidente de l’AREMP.

Temehani Chand, technicien spécialiste de la pêche en Polynésie française Credit : Doris Ramseyer Hommes de Polynésie

Sélectionné en tant que lauréat de l’appel à projets Rahui, Temehani rejoint l’équipe scientifique pour contribuer au programme Te mau ‘ite rau o te feiā rava’āi, « la connaissance des pêcheurs », qui a démarré en octobre 2025. Il se poursuivra pendant un an sur plusieurs îles de différents archipels polynésiens. Le but : mettre en commun les connaissances complémentaires des pêcheurs et des chercheurs.

« La pêche et l’approche scientifique, ça se complète, afin d’agir ensemble pour la conservation des requins. »

Les scientifiques consacrent globalement 20 % de leur temps aux missions de terrain. Les 80 % restants sont dédiés à l’analyse de leurs données et à la rédaction d’articles pour diffuser leurs connaissances. Quant aux pêcheurs, ils passent l’essentiel de leur temps en mer.

Temehani Chand, technicien spécialiste de la pêche en Polynésie française Credit : Doris Ramseyer Hommes de Polynésie

« Les pêcheurs passent beaucoup de temps sur l’eau, c’est leur vie. »

En capturant accidentellement des requins de grande profondeur, sondant des zones inaccessibles en plongée, les pêcheurs sont à même de récolter de précieuses observations, participant ainsi au vaste inventaire de la biodiversité du large.

DÉCOUVERTES

Temehani Chand, technicien spécialiste de la pêche en Polynésie française Credit : Theo Guillaume

Grâce à ce travail, des espèces extrêmement rares ont pu être étudiées, avec la mise en avant d’informations nouvelles sur leur écologie. Des requins peu suivis par d’autres usagers de la mer, comme le requin renard, le sont par les pêcheurs ! Des observations inédites ont également permis à Temehani de noter la présence du squale bouclé du Pacifique, décrit pour la première fois en 2023 en Polynésie, grâce à une plongée en sous-marin. Les pêcheurs l’avaient probablement déjà rencontré au préalable…

Temehani se forme progressivement à la science, se diversifiant toujours plus, participant aux analyses, réalisant notamment des prises de sang sur les requins lors des missions. Il pourrait même prétendre, à moyen terme, à un diplôme scientifique. La mer est un univers qu’il a appris dans l’enfance.

« Je pêche depuis mes 11 ans, surtout en chasse sous-marine ; la plongée, la mer, ça me détend. »

Norbert Hauata Arbitre Polynesien Hommes de Polynesie

Avec sa connaissance culturelle du requin et de son environnement, Temehani apporte une vraie richesse au sein de l’AREMP. L’organisme agit également sur la perception, souvent négative, que les gens ont des squales, alors qu’initialement en Polynésie, leur place était juste.

« Dans la culture polynésienne, les requins ont une haute importance ! Il est sacré, mais craint aussi. Le requin pointe blanche océanique est nommé Parata, c’est un animal-totem. »

DE LA PÊCHE À LA RECHERCHE

« En devenant des acteurs de ce projet, les pêcheurs se prendront au jeu, et seront plus sensibles à la préservation des requins ! »

Ce qui n’a rien d’une évidence. La mer est un terrain de chasse entre hommes et requins, et la cohabitation est souvent conflictuelle. Leur rencontre est donc inévitable, ce qui rend le programme de sciences participatives idéal à conduire en Polynésie, qui abrite le plus grand sanctuaire de requins au monde.

Lorsque les pêcheurs se retrouvent face à un requin, l’AREMP leur demande de prendre des photos, de noter l’espèce, la date, la position GPS, la profondeur de la ligne, la technique de pêche, le type d’appât utilisé, et de préciser si le requin a pu être relâché ou pas.

Temehani Chand, technicien spécialiste de la pêche en Polynésie française Credit : Doris Ramseyer Hommes de Polynésie

Une collaboration riche de sens pour Temehani, afin de préserver les requins situés au sommet de la chaîne alimentaire, et indispensables à l’équilibre des écosystèmes marins.

« Je crois au respect de la nature, du monde végétal, animal et minéral, de tout ce qui était là avant nous, et ce qui sera là après nous. Je pense au futur. Tout le monde n’a pas la chance de voir ce que l’on voit. Ici, c’est riche, et on travaille pour que ça continue ! »

Doris Ramseyer

Rédactrice

©Photos : Doris Ramseyer et Théo Guillaume pour Hommes de Polynésie

Directeur de publications : Yvon Bardes

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