
Matahi Taruroura, du Petit Théâtre à l’Opéra Bastille, le parcours d’un ténor du fenua
En 2025, Matahi Taruroura remporte à Papeete le concours Voix des Outre-mer, validant son ticket pour représenter le fenua lors de la finale nationale à l’opéra Bastille. S’il n’a pas décroché de prix à Paris, le Polynésien garde de cette escapade lyrique un souvenir inoubliable et formateur. Hommes de Polynésie vous invite à découvrir le parcours du ténor tahitien.
Une passion précoce
Quand discute avec Matahi Taruroura, impossible de ne pas être surpris par sa voix douce et mélodieuse. Originaire de Punaauia, il est l’aîné d’une fratrie de trois frères. S’il est le seul à chanter dans sa famille, son don se manifeste très tôt.
« J’ai découvert que je savais chanter à 5 ans. À l’école maternelle, on nous avait appris une chanson connue en Polynésie pour la Fête des mères. Ma mère avait pleuré quand je l’avais chantée, j’ai cru que j’avais fait quelque chose de mal, mais elle était juste émue. J’ai su à ce moment que j’avais quelque chose. »
Cette passion va aller crescendo, occupant une place centrale dans son quotidien…
« Je me souviens que je passais des heures dans mon bain à chanter, ce qui d’ailleurs était source de disputes avec mes frères ! »
À huit ans, Matahi Taruroura vit sa première expérience de la scène lors du départ à la retraite du directeur de son école primaire.
« Ma classe m’avait choisi, car j’avais une voix très haute à l’époque. J’ai eu le trac, mais j’ai adoré chanter devant le public. »

Entre patience et persévérance
À onze ans seulement, il remporte son premier concours, alors qu’il est le plus jeune candidat. Sa professeure de musique au collège lui conseille d’intégrer le Conservatoire, mais Emmanuelle Vidal, professeure de chant lyrique dans l’établissement à l’époque, le refuse, jugeant sa voix trop immature.
« Les processus ont changé depuis, mais c’était il y a près de 30 ans. En classe de seconde, j’ai retenté le Conservatoire, mais il fallait que je fasse du solfège et je ne voulais pas. »
Sa passion pour le chant reste néanmoins toujours intacte et il continue de participer à des concours. En 2005, il termine parmi les 10 finalistes de la 1ère édition des Penu d’or, organisée par Emmanuelle Vidal et son mari Gaby Cavallo1.
« J’ai pu bénéficier alors de petits cours avec Gaby Cavallo. Cela m’a permis de travailler ma voix qui était déjà, à la base, puissante. A l’époque, on me cataloguait dans des timbres de baryton. »

Parallèlement au chant, Matahi construit son parcours professionnel. Après son bac, il s’inscrit à l’Université de Polynésie avant de se réorienter.
« J’ai finalement passé un BTS Management des unités commerciales pour travailler dans les télécommunications, mais j’ai finalement été embauché par la Banque de Tahiti où je suis toujours. »
C’est durant ses années aussi qu’il rejoint le groupe de Tiare Trompette comme choriste. Une belle expérience, qui lui permet de voyager mais aussi de se plonger dans la culture polynésienne.
« Vers 2013-14, j’ai décidé d’arrêter, car les répétitions étaient très prenantes et j’avais du mal avec les instruments qui tapaient très fort. »

Une rencontre marquante
Tout au long de ces années, Matahi continue aussi de chanter régulièrement en concert lors d’animations. En 2023, il décide de s’inscrire au concours Voix des Outre-mer. Terminant 3e lauréat en catégorie haute-contre, il est repéré par Peterson Cowan, responsable du chant lyrique au Conservatoire. Cette rencontre sera déterminante… il découvre enfin sa véritable tessiture.
« C’est mon mentor. Il m’a fait découvrir que ma voix est naturellement haute-contre. J’en ai pleuré en l’apprenant. Il m’a fait travailler et ma voix est maintenant celle d’un ténor. Il m’a conseillé et m’a dit que c’étaient les trois premières secondes qui comptaient lors d’un concours. Or moi, je suis plutôt un diesel, je mets du temps à démarrer. »
Matahi accepte aussi de se mettre au solfège.
« Il m’a fait découvrir des notes que je ne pensais pas atteindre. »
L'aventure de l'Opéra Bastille
Fidèle à son caractère persévérant, Matahi retente le Concours des Voix des Outre-mer en 2024, il finit 3e lauréat, mais en ténor cette fois-ci. 2025 sera enfin l’année de la victoire pour le désormais ténor, qui décroche son billet pour la finale nationale.
« Même si je n’ai pas gagné à Paris, j’ai adoré rencontrer les autres chanteurs, participer à des masterclass, visiter les opéras de Bastille et Garnier et l’Opéra-Comique. Cela m’a fait découvrir un autre univers. »


À 41 ans, cette expérience ouvre la voie à la transmission.
« Le maître m’a proposé que je devienne l’assistant de son assistant et, à terme, de passer mon diplôme du Conservatoire. »
Celui qui se définit comme un « diesel » a trouvé son plein régime : une trajectoire enchantée, du Petit Théâtre à l’opéra Bastille.

¹ Professeur de chant lyrique au Conservatoire artistique de Polynésie française
Rédactrice
©Photos : Pauline Stasi, Matahi Taruoura et Quentin prod Photo & Voix des Outre-mer pour Hommes de Polynésie



