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Art & Culture

Albert Hugues, un linguiste boulimique de sa culture

Publié le 7 décembre 2019

Étudiant à l’Université de la Polynésie française et particulièrement impliqué dans la pratique et la valorisation des langues polynésiennes, Albert nous avoue pourtant que ni le tahitien, ni le mangarévien ne sont ses langues maternelles. Il y viendra sur le tard, par passion pour les mots, la grammaire, et la graphie qui le guident vers le chant, le théâtre puis la linguistique, et enfin vers l’écriture. Hommes de Polynésie s’est réjoui de pouvoir donner la parole à ce Haere Pō du 21e siècle en devenir.

Poster introduisant le témoignage d’Albert pour l’exposition RamaRama de l’université de la Polynésie française

Le reo tahiti : de l’apprentissage au langage

Albert incarne un certain profil polynésien : issu d’un melting pot, il grandit dans un contexte plurilingue. S’il est entouré par des locuteurs français, chinois hakka, tahitiens et mangaréviens, il ne parle que le français jusqu’à l’adolescence.

« En seconde, j’ai le déclic lors d’un voyage à Hawai’i. J’y découvre le Polynesian Cultural Center de Lā’ie à Hawai’i 1. J’observe les Hawaïens parler leur langue, et j’ai tout de suite envie d’en faire de même. Certes, j’étudiais le tahitien à l’école depuis la 4e, mais je ne prononçais que quelques phrases. »

Alors qu’il poursuit un cursus littéraire il attrape le « virus » passionné de la grammaire, de la graphie, s’achète un dictionnaire, et voilà : il est boulimique de sa culture.

« J’étais fier d’émerveiller les gens en discourant en tahitien. Cette revendication culturelle et identitaire, inconsciemment, c’était en moi. »

Albert parti sur le grand marae Taputapuātea à Ra’iātea pour renouer avec ses racines polynésiennes tout en déclamant et en chantant

Du reo tahiti au reo magareva : toujours plus de savoir

Arrivé à l’université, il opte pour une orientation en LLCER 2 langues polynésiennes. Il sait déjà qu’il sera professeur : il veut plus que tout transmettre ce savoir qu’il est en train de capitaliser.

« Sur les bancs de l’amphi, nous sommes une centaine en première année et les 5 archipels sont représentés. J’écoute les différents dialectes et je commence à faire des comparaisons, ça devient comme un jeu pour moi. Et là je prends conscience que je suis également mangarévien. »

Le reo magareva commence à bouillir en lui, dans ses veines. C’est là qu’il rencontre le fonds patrimonial polynésien de la bibliothèque universitaire 3 par le biais de la découverte d’un dictionnaire mangarevien-français, une vraie mine d’or ! Il réalise qu’il est définitivement un amoureux des mots. Comme pour le tahitien, il s’appuie sur sa famille pour affiner sa pratique de cette deuxième langue vernaculaire.

Spécialiste des mots et artiste aux multiples facettes

Pour lui, c’est une fierté d’être le seul Mangarévien de la classe, il voulait quelque chose de différent, son petit plus à lui. Aujourd’hui, Albert est trilingue, après un séjour aux Gambier où il rencontre sa famille qu’il ne connaissait que sur les photos. Il se nourrit de nouveaux vocables, il compare les anciens qu’il a appris par cœur dans le dictionnaire avec ceux, plus contemporains, utilisés dans la langue courante. Il joue son rôle de linguiste et se dit qu’il est décidément dans la bonne filière universitaire.

« En fin de deuxième année, je suis sollicité pour participer au projet RamaRama, une exposition de l’université valorisant le parcours d’étudiant en stage sous forme de témoignages écrits et vidéos. Je faisais partie des 12 étudiants qui y ont participé et d’un des deux témoignages bilingues. »

Des projets, Albert en a vécu des palpitants du haut de ses 20 ans. Référence culturelle dans le cadre de l’accueil d’étudiants australiens de la Western Australia Perth en séjour d’échange, constitution d’un lexique mangarévien pour l’école primaire de Mapute’oa de Rikitea ainsi que pour le collège Saint-Raphaël, traductions et interprétariat, notamment au Service de Traduction et d’Interprétariat et pour le compte de certaines mairies, il est également le fondateur d’une page facebook entièrement en mangarévien et auteur débutant avec Littérama’ohi. Son CV force le respect.

« Mes projets en 2020 ? Il faut impérativement écrire, je prends aussi la plume pour inciter les Polynésiens à s’y mettre. »

Albert aux côtés de comédiens bénévoles lors du Pīna'ina'i 9.19

Si Albert vous dit quelque chose, c’est que vous l’avez sûrement aperçu dans l’aventure Pīna’ina’i 9.19 à la Maison de la culture entre octobre et novembre 2019. Sollicité par Moana’ura Teheiura, Albert a intégré l’équipe de comédiens pour représenter dignement Odile Purue-Alfonsi, qui n’est rien de moins que la référence du mangarévien sur le territoire. Elle qui a justement été son mentor, qui lui transmet autant que possible ses connaissances et dont il aimerait, un jour, prendre la relève. On le lui souhaite, Mārō’i Albert !

« Kore e ‘aga ‘ē tupu ‘urukē roa ana i roto ki ‘a oraraga nei »

(Il n’y a pas de hasard dans la vie)

1 Le Centre culturel polynésien est un parc thématique et un musée de la vie sur le thème polynésien situé à Lā’ie, sur la rive nord de Oahu, à Hawai’i.

2 Licence mention Langues, Littératures et Civilisations Etrangères et Régionales

3 Ce fonds documentaire rassemble plus de 5 000 ouvrages rares et anciens relatifs au triangle polynésien consultable sur place par le public sur dépôt d’une pièce d’identité.

Plus d'informations

Vaea D.
Rédactrice web

© Photos : Albert Hugues, AETI/Lire en Polynésie, Littérama’ohi, Tahiti Zoom

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