
Douglas Tuahine, chanter pour se libérer
Agent pénitentiaire et auteur-compositeur à la voix grave et chaleureuse, Douglas Tuahine transforme son quotidien en musique. Entre chansons d’amour, d’espoir et hommages à sa ville et sa famille, il fait de chaque note un espace de liberté. Hommes de Polynésie vous propose le portrait d’un artiste pudique, qui laisse parler son cœur à travers sa musique pour mieux s’évader.
C’est dans un préfabriqué, au milieu du terrain familial à Punaauia, que Douglas Tuahine compose. À l’intérieur, un ordinateur, une petite table de mixage, un porte-vues rassemblant les textes de son répertoire musical et, bien sûr, sa guitare, qu’il prend pour s’accompagner.
Une famille d’artistes
Douglas est tombé dans le monde de la musique dès son plus jeune âge.
« Mon père était un homme de culture, il côtoyait des hommes comme John Mairai ou Clément Pito, il proclamait des ’orero, il chantait aussi beaucoup. J’ai des souvenirs d’enfant où on allait déjeuner dans les restaurants qu’il animait. Mais il est mort quand j’avais 9 ans, et cela est loin maintenant. »

Ses parents séparés alors qu’il n’a que 5 ans, Douglas part s’installer avec sa mère et son frère à Punaauia, où vit sa famille maternelle. Son demi-frère Maoake vit, lui, à Pirae avec sa mère.
« Mes frères faisaient de la musique. Mon frère Maoake a 8 ans de plus que moi, il fait partie du groupe Maruao, qui est un groupe connu en Polynésie. Mon frère a davantage connu l’univers musical de mon père que moi, qui étais très jeune. »
Un poème écrit à 11 ans
À la mort de son père, Douglas est moins entouré de musique, mais le garçon n’en reste pas moins attiré par cet art.
« J’ai écrit un poème à 11 ans, je me suis servi de ce texte pour une chanson des années après. »

Si Douglas a écrit ses premiers textes très jeune, ce n’est en effet que de très nombreuses années plus tard qu’il osera les mettre en musique et les chanter.
« Je ne me sentais pas légitime à l’époque pour chanter. »
Un premier déclic en France
Après son bac obtenu au lycée Gauguin, Douglas quitte la Polynésie.
« J’ai passé le concours d’adjoint-sécurité et j’ai été reçu. Je suis alors parti en France, à Fos-sur-Mer, pour une formation de trois mois et demi. On était huit Polynésiens et, le week-end, on ne pouvait pas rentrer chez nous, le fenua nous manquait pas mal. C’est là que j’ai eu le déclic et que j’ai commencé à oser chanter un peu avec ma guitare. On chantait avec le cœur pour retrouver la chaleur de notre pays. »
De retour au fenua, Douglas est affecté à la DSP, où il reste 4 ans et demi. Après un court passage à la police municipale de Punaauia, il passe ensuite le concours de l’administration pénitentiaire en 2011 et est reçu.
« Après une formation d’un mois à Agen, j’ai dû faire un stage d’un mois à la prison de La Santé. Je me souviens qu’à l’époque, il y avait toujours un vestige de la guillotine vers l’entrée. »

Le Polynésien est ensuite affecté comme agent pénitentiaire à la prison de Nuutania, où il est toujours en poste actuellement.
Toujours inspiré
En parallèle, Douglas continue de composer et se révèle très prolixe.
« J’aime écrire très tôt le matin, vers 4 ou 5 heures. J’ai la chance de trouver très facilement l’inspiration. »

En 2015, il est confronté à des problèmes de santé et doit être évacué en France. Il commence alors à écrire la chanson A Ti’aturi à l’hôpital, puis la termine à Tahiti une fois l’épreuve passée.
« A Ti’aturi est une chanson porteuse d’espoir, cela veut dire ‘aies confiance’. Les gens se sont reconnus dans mes paroles, comme quoi il faut y croire, ne pas renoncer… Elles sont écrites aussi dans un tahitien facile à comprendre. »
La chanson A Ti’aturi sera interprétée par son grand frère Maoake Tuahine et Raumata Tetuanui. Le titre et le clip connaissent un très beau succès populaire.
C’est vers cette période également que Douglas ose enfin se mettre véritablement au chant. Un ami de collège, Eremoana Ebb, ingénieur du son réputé dans le milieu musical en Polynésie française, l’encourage à se lancer. Le Tahitien sort alors son premier album en 2018 avec 18 morceaux, dont son tube A Ti’aturi.

Ce premier album est suivi quelques années plus tard par un second, dans lequel on retrouve des chansons sur des thèmes qui lui sont chers : comme sa ville de Punaauia avec le clip Punaru’u, sa fille, née quelques années auparavant, avec la chanson Tepuanuioto’a, son père avec la chanson To’u Papa Here, ou encore sa grand-mère paternelle avec Tupuai.
« Ma grand-mère paternelle était originaire de Tupuai, aux Australes, Je suis allé tourner le clip là-bas, c’était la première fois que j’y allais. J’ai rencontré la famille que je ne connaissais pas. C’est important pour moi de rendre hommage à mes ancêtres, de renouer avec mes racines. »
Et Douglas n’en n’a pas fini avec la chanson… Toujours inspiré, le Tahitien a déjà dix nouvelles chansons prêtes pour un troisième album. Pour ce nouvel opus, il aspire notamment à rendre hommage, cette fois-ci à sa grand-mère maternelle, descendante de la famille royale des Pomare.
Rédactrice
©Photos : Pauline Stasi et Douglas Tuahine pour Hommes de Polynésie
Directeur de publication : Yvon Bardes




