
De Moorea à la Coupe du monde : Norbert Hauata, arbitre polynésien
Originaire de Moorea, Norbert Hauata a gravi les échelons de l’arbitrage jusqu’à officier dans les plus grandes compétitions internationales de football. Il s’est construit une carrière riche grâce à son exigence, son humilité et son apprentissage permanent. Il se confie à Hommes de Polynésie pour retracer son parcours et partager sa passion pour l’arbitrage.
Des débuts dans le championnat de football de Moorea
C’est à la fin des années 1990 que Norbert Hauata se lance dans l’arbitrage. Après ses débuts à Moorea, il enchaîne les rencontres sur l’île sœur, jusqu’à atteindre la Division d’Honneur (ancienne appellation de la Ligue 1) à Tahiti.

« Alors que je jouais au football, mon oncle, qui s’appelait Eric Agneray, un ancien arbitre, est venu me chercher pour faire de l’arbitrage. Il m’a donné beaucoup de conseils. Il voyait que j’apprenais vite les lois du jeu. Si je suis arrivé là où je suis aujourd’hui, c’est vraiment grâce à lui. »
Repéré par Marc Batta, un ancien arbitre international français
Il doit aussi sa brillante carrière aux responsables locaux et à un grand monsieur de l’arbitrage français.
« En 2002, j’ai arbitré, pour mon premier match à Tahiti, une finale de deuxième division au stade Pater. C’est lors de cette rencontre que Marc Batta, arbitre international français, a décelé en moi un fort potentiel. Charles Ariiootima, alors responsable des arbitres, m’a proposé d’arbitrer un match le week-end suivant. J’ai ensuite arbitré à Tahiti jusqu’à aujourd’hui. »
De Moorea à la Coupe du monde
Norbert Hauata poursuit son ascension fulgurante jusqu’à être nommé arbitre FIFA en 2008. Sa carrière internationale est alors lancée, l’amenant à croiser les plus grands joueurs de la planète, comme un certain Lionel Messi.

« J’ai enchaîné plusieurs finales de la Ligue des champions de l’OFC(1) de 2008 à 2025. Parmi les compétitions internationales, j’ai participé aux Jeux olympiques de la jeunesse à Singapour en 2010, à deux Coupes du monde des moins de 17 ans (2011 au Mexique et 2013 à Abou Dhabi), ainsi qu’à la Coupe du monde 2014, où j’ai été quatrième arbitre lors de la finale Allemagne-Argentine. Je pense que si l’OFC et la FIFA m’ont sollicité de 2008 à 2025, c’est que j’ai bien fait mon travail. »
Humilité, travail, apprentissage et adaptation : les clés de la réussite
L’humilité, le travail et la soif d’apprendre sont selon lui les qualités indispensables pour arriver à un tel niveau .
« Même après plus de 20 ans d’arbitrage, j’essaie de rester humble et de travailler pour m’améliorer chaque jour. Il faut beaucoup travailler sa condition physique. Personnellement, je disposais d’environ 50% des capacités physiques requises à mes débuts. Il me restait surtout à travailler le jeu, notamment la connaissance et l’application des lois. L’arbitrage demande beaucoup d’adaptation, car chaque match est différent. On apprend tous les jours. »
Connaître le jeu pour mieux arbitrer
La préparation et l’analyse du jeu des équipes sont aussi importantes.

« Il faut connaître les tactiques des joueurs d’une équipe et anticiper chaque phase du match. Pour cela, il est important de maîtriser une large palette de styles de jeu. À Tahiti, Vénus pratique un football rapide, tandis que Tefana construit de l’arrière vers l’avant. Lors d’une Coupe du monde, chaque pays a sa propre approche du jeu : les équipes africaines privilégient la rapidité, tandis que le Brésil mise sur la technique. L’arbitrage demande donc beaucoup de préparation en amont. »
L’importance de connaître ses joueurs
Avant chaque match, l’homme en noir s’assure aussi de connaître ses joueurs pour mieux anticiper et gérer le jeu.

« Un bon arbitre sait que connaître les joueurs avant le match est essentiel. Il identifie le joueur clé de chaque équipe, souvent l’attaquant, et anticipe ceux qui jouent dur ou cherchent à tromper l’arbitre. Sa préparation lui permet de protéger le meilleur joueur, de repérer ceux qui simulent ou ont un fort caractère, et de gérer le match de manière juste et efficace. »
Ses derniers défis : la Coupe du monde 2026 et devenir formateur FIFA
Aujourd’hui, Norbert n’a plus rien à prouver, mais il se fixe encore deux grands objectifs pour la suite de sa carrière.

« Si Dieu le veut, j’aimerais participer à ma dernière Coupe du monde l’année prochaine, qui se déroulera aux États-Unis, au Mexique et au Canada, même si je n’ai actuellement pas une bonne relation avec la fédération. Je ne baisse pas les bras. J’aimerais aussi, plus tard, devenir formateur d’arbitres FIFA afin de former de nouveaux arbitres et partager mon expérience ainsi que mon vécu, en Polynésie et dans l’Océanie. »
Pour conclure, il encourage les jeunes, en particulier ceux dont l’avenir n’est pas dans le jeu, à tenter leur chance dans l’arbitrage, une discipline rigoureuse qui demande un fort engagement physique et mental, mais qui peut offrir des expériences enrichissantes, des déplacements gratuits à l’international et des indemnités liées à l’expérience.
1 Confédération du football de l’Océanie
2 Fédération internationale de football association

Rédacteur
©Photos : Toatane Rurua, Nobert Hoata pour Hommes de Polynésie
Directeur de publication : Yvon Bardes







